« Pour la première fois depuis 1929, il n’y aura pas d’élu communiste au conseil municipal »

À Alès (Gard), pour la première fois depuis 1929, aucun élu de gauche ne siégera au conseil municipal. En refusant l’union jusqu’au bout, malgré des programmes proches et un adversaire commun, les deux listes de gauche ont elles-mêmes signé leur arrêt de mort électoral.

Dans le jargon des jeux de plateau, c’est ce qu’on pourrait appeler un « échec critique« . Et cela pourrait prêter à sourire si on ne parlait pas de politique. Pourtant, au soir du premier tour des élections municipales 2026, à Alès, le constat est accablant : les deux listes teintées de rouge ont elles-mêmes signées l’arrêt de mort de la gauche au conseil municipal par leurs querelles.

La guerre des gauches

Les résultats du premier tour des municipales, à l’Hôtel de Ville d’Alès, le 15 mars 2026 / Photo L. M.

Face aux 32,61% de Christophe Rivenq, maire sortant (Les Républicains), et les 26,44% d’Anthony Bordarier, (Rassemblement National), les scores des deux listes de gauche font peine à voir dans une ville historiquement marquée par les mines et le communisme : 15,06% pour Paul Planque, (Parti Communiste – La France Insoumise) ; et 10,79% pour Basile Imbert (Parti Socialiste -Les Ecologistes). La première liste devance à peine le troisième candidat, Marc Infantès (Droite) et ses 13,62%.

Dès 2025, et jusqu’au bout, les deux listes auront refusé de s’allier, de faire cause commune, malgré des appels du pied réciproques : “premier-adjoint” par-ci, “tête-de-liste” par là. Des guerres d’égo, de postes, pour des programmes sensiblement similaires. Puisque les deux listes axaient leurs propositions sur le social et l’écologie. 

Au soir des municipales 2026, se dessine alors une potentielle triangulaire au second tour. Si les deux listes s’associaient, elles pourraient au minimum faire valoir un score de 27 à 28% (en ajoutant les 1,48% de la liste de Lutte Ouvrière). Mais non.

Pas d’élu de gauche à la mairie pendant six ans

« Alors qu’un accord d’union était en vue, le PS s’est désisté, nous sommes donc obligés de faire de même », a annoncé laconiquement le candidat communiste quelques heures plus tard. Dans un obscur conseil tenu quatre heures après le premier dépouillement, et « face au danger fasciste« , les gauches alésiennes ne sont toujours pas capables de faire cause commune face à leur ennemi ultime. 

Pire, elles se renvoient la balle : « La désunion de la gauche alésienne est la faute du PS« , assène encore Paul Planque, accusant le parti à la rose d’avoir magouillé avec le maire sortant pour glaner des places dans la future municipalité. Basile Imbert, assure au contraire que la décision est tombée unilatéralement, de la part du PCF, sans concertation, et qu’aucun accord n’a été passé avec le maire sortant. Ce dernier le confirmera d’ailleurs dans son discours de victoire, au second tour. « Pour la première fois depuis 1929 il n’y aura pas d’élu communiste au conseil municipal. Et sept ans, c’est long ! », s’en amuse Max Roustan, l’ancien maire d’Alès, en se frottant les mains.

« Il faut maintenant continuer de travailler en dehors du politique. Ce n’est pas un problème », estime Basile Imbert, faisant le pari que la gauche alésienne peut se reconstruire en dehors des conseils municipaux. Pour Paul Planque, « le rassemblement des forces de gauche devra être imposé par les citoyens sur des valeurs partagées qui sont les valeurs de la gauche« .

A l’image des dernières élections présidentielles en France, et à l’approche de celle de 2027, la gauche locale ne semble rien avoir à envier aux grands partis de la capitale.

Le « vivier » des quartiers n’a pas voté à gauche

Au-delà de l’impossibilité à s’unir, cette élection révèle peut-être aussi un problème plus profond dans la manière dont une partie de la gauche envisage son rapport aux quartiers populaires.

Au soir du premier tour, un colistier de Paul Planque glisse ainsi : « Tous les votes de la droite sont là. Mais nous, nous avons encore tout un réservoir de votes à mobiliser. Traditionnellement, les quartiers populaires, c’est notre vivier. » Le mot ne représente évidemment pas l’ensemble de la gauche alésienne. Mais il interroge. Car derrière cette formule se dessine une certaine conception de l’électorat : celle d’un réservoir de voix supposé acquis, qu’il suffirait de remobiliser au moment des élections.

Pourtant, les résultats racontent une autre histoire. La liste PCF-LFI avait multiplié les rencontres et les consultations dans les quartiers populaires durant la campagne. Mais le scrutin montre que ces territoires ne constituent plus automatiquement des bastions de gauche. À Tamaris, quartier historiquement ouvrier et marqué par une forte tradition communiste, la liste de Paul Planque (PCF-LFI) recueille 117 voix ; Christophe Rivenq (LR) en obtient 160 ; Anthony Bordarier (RN), 158 ; Basile Imbert (PS – LE) 45 ; et Jérôme Garcia (LO) 17 (c’est d’ailleurs là que se trouve son plus grand nombre de votants).

Un résultat loin d’être anecdotique. Il rappelle surtout qu’en politique, aucun électorat n’appartient durablement à personne.

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