La première génération, entre racines et pays de naissance

« Je suis Française et je suis Africaine en même temps. C’est ça mon identité »

A Arles, jusqu’en octobre 2026, Carolina Arantes expose First Generation, une exposition photographique consacrée aux femmes françaises issues de l’immigration africaine. Entre pays de naissance, et culture familiale en suspens, l’artiste brésilienne dépeint les luttes intérieures de ces Mariannes noires, à la recherche d’une identité afropéenne. 

Elles sont toutes noires, toutes teintées d’une africanité revendiquée, et Françaises. Jusqu’au 4 octobre 2026, l’exposition photographique First Generation de Carolina Arantes est exposée au Printemps, 2 avenue La Fayette, à Arles (Bouches-du -Rhône).

Elles s’appellent Kheira ou Aïssé, sont manager dans des agences de voyage, mannequin ou conseillère à la mairie de Paris. Toutes ont en commun d’être les premières générations de ces parents immigrés de l’ouest africain. En les immortalisant par le portrait ou par des habitudes du quotidien, Carolina Arantes dépeint ces femmes noires dans leur altérité. 

“C’est comme perdre une partie de son lien avec sa famille”

Car si celles-ci sont nées et ont été éduquées selon l’enseignement de la société française, elles portent une lutte intérieure. Comment être française et porter l’héritage de ses grands-parents ? “Mes parents m’ont interdit d’apprendre le langage de mes grands-parents, note l’une d’elles dans l’un  des enregistrements de l’exposition. C’est comme perdre une partie de son lien avec sa famille.” Une lutte intérieure qui n’est pas arrangée par le poids d’une société française, parfois réticente à accepter le co-citoyenneté par delà la différence. 

Je suis Française et je suis Africaine en même temps. C’est ça mon identité”, clame une autre intervenante. Une identité afro-française.

Pourtant, quand elles posent devant l’objectif de l’artiste brésilienne, c’est dans tout leur naturel. “Je n’ai fait que m’occuper de la lumière. Elles, elles choisissent le lieu, la pose, les habits, les objets …” Ainsi, certaines portent des marinières parisiennes quand, derrière, des références à l’Afrique sont affichées sur le mur. D’autres, drapées dans les étoffes colorées de l’ouest saharien,  s’exposent telles des Mariannes noires devant des drapeaux tricolores.

Les premières générations sont dans une situation délicate. elles ne sont pas ‘métisses’, car pas nées de parents mixtes. Elles ne sont pas vues comme des femmes africaines, ni totalement comme des femmes françaises.” Un vrai “non lieu”, qui disparaîtra avec les générations suivantes.

“Je trouve intéressant d’apporter mon point de vue latino-américain sur l’Occident”

Pour Carolina Arantes, le choix de photographier des femmes vient aussi d’une autre observation : “La mixité masculine (NDLR : les hommes noirs issus de l’immigration africaine) a déjà une place en France. Mais quand on pense aux ‘femmes françaises’, on pense souvent aux parisiennes”, observe Carolina Arantes. 

Le point de départ de l’artiste brésilienne vient aussi de sa propre différence. “En tant qu’étrangère, ça m’a beaucoup étonné cette différence de la perception de la mixité entre la France et le Brésil. Chez nous, c’est ce qui fait l’identité du pays. Ici, non. En tant que brésilienne, je trouve intérésant d’apporter mon point de vue latino-américain sur l’Occident.”

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