« Je devais rester forte pour mes enfants »

Menaces de mort, centaines d’appels, insultes répétées, peur permanente : au tribunal d’Alès, Laurie a raconté près de dix années vécues sous l’emprise de son ancien compagnon. Face aux magistrats, cette mère est venue raconter le harcèlement et ce qu’il laisse derrière lui : une vie réorganisée autour de la survie et de ses enfants.

Dans son sac à main, une photo en noir et blanc de son père. « C’était un grand sportif mon papa, vous savez ?« , sourit cette femme, sur les marches du tribunal d’Alès. À côté, une petite statuette de viking qu’elle dit avoir récupérée après sa mort. « Il aimait bien ça. Je l’ai récupérée pour qu’il soit toujours avec moi. Ça me donne de la force. » Sur le banc des parties civiles du tribunal correctionnel, Laurie ne se sépare jamais de ces objets sentimentaux. La femme aux cheveux bruns teintés de blond tremble, pleure par moments, tressaille souvent. Face à elle, dans le box des prévenus, un homme avec qui elle dit vivre dans la peur depuis près de dix ans.

300 messages vocaux, des centaines d’appels, 12 téléphones … 

Le 20 février 2026, cette mère de famille dépose plainte pour viol. Quelques jours plus tôt, après l’incendie de sa maison, elle avait trouvé refuge chez cet ancien compagnon avec qui elle avait entretenu une relation et eu un enfant. “Notre relation a été courte, car j’ai voulu le quitter dès que j’ai compris la manipulation et l’emprise. Mais malgré la séparation, il a toujours refusé de me laisser sortir de sa vie et a continué à être très intrusif dans mon quotidien, m’empêchant de refaire ma vie sereinement”, témoigne Laurie quelques mois plus tard. 

Très vite, le dossier s’élargit. Entre février et mars 2026, selon l’enquête, l’homme l’aurait appelée plus de 1 000 fois. Jusqu’à 90 appels par jour. Malgré les blocages, il change de numéro à douze reprises.

Sur le répondeur, les messages vocaux s’accumulent. « Je vais te buter, je vais t’égorger« , entend-on parmi près de 300 enregistrements que la victime dit avoir finalement confiés à sa mère, incapable de continuer à les écouter seule. « Je lui ai transmis ces messages parce que si jamais … » Elle ne finit pas sa phrase et essuie une larme. D’autres menaces suivent. « Ma famille va s’occuper de toi« , lui lance-t-il encore dans une vidéo tournée devant son domicile.

À la barre, Laurie raconte des années passées à vivre dans la peur. Un téléphone grave danger lui a été remis. « J’ai toujours peur pour ma vie« , souffle-t-elle. Son fils de cinq ans, explique-t-elle, reproduit déjà certaines insultes entendues chez son père. « Parfois il me donnait des coups, parfois il m’insultait de ‘pute’. Quand on grandit avec un père comme ça… » Sa voix se casse. Pour s’occuper de lui, elle dit avoir fermé son entreprise. « Ça fait dix ans que je suis sa chose, lâche-t-elle finalement. Je devais rester forte pour mes enfants. »

Puis vient ce souvenir presque banal, mais qu’elle raconte comme une respiration. Pendant la garde à vue du prévenu, elle dit être allée à la boulangerie. “J’ai enfin pu sortir avec mon petit garçon, aller prendre un goûter sous les premiers rayons de soleil après des semaines enfermée chez moi. C’était surtout un moment où j’ai enfin pu respirer un peu, sans peur.”

« Qui aurait envie de donner son fils à quelqu’un qui menace de mort ? »

Dans le box, le prévenu, originaire d’Algérie et arrivé en France en 2000, reconnaît s’être « emporté« . « J’ai craqué« , répète-t-il à plusieurs reprises. Selon lui, les appels concernaient surtout « ses affaires » ou son fils. Une justification que la présidente Élodie Thebaud peine à entendre. « Vous vous rendez compte de l’enfer que vous faites vivre à cette femme ?« , lui lance-t-elle. « Oui, mais …« . La présidente le coupe : « Oui mais quoi ? » L’homme tente encore de se défendre, évoquant la perte de son père, son isolement, ses difficultés personnelles. « Ce n’est pas un craquage occasionnel, c’est répété« , le recadre la magistrate.

À plusieurs reprises, le ton monte dans le box. Agité, le prévenu finit par s’emporter : « C’est bon, j’abandonne mon enfant. » Là encore, la présidente coupe court. « Qui aurait envie de donner son fils à quelqu’un qui menace de mort ? » Les enquêteurs font remonter qu’a aucun moment l’homme n’a demandé à son ex-compagne de lui rendre de « revoir son enfant« . Il a mis deux ans à le reconnaitre auprès des services municipaux. “Ca ne signifie pas qu’il n’était pas présent. Il l’était, parfois même de manière excessive, et la manipulation autour de l’enfant a commencé très tôt”, observe la mère.

Le dossier révèle également une précédente condamnation en mars 2026 pour des faits similaires. Lors de son interpellation, l’homme portait un couteau et des traces de cannabis auraient été retrouvées sur la lame.

Un homme “au dessus des lois”

Pour le substitut du Procureur de la République, Quentin Larroque, le profil du prévenu ne laisse guère de place au doute. Il décrit « un véritable tyran domestique« , auteur « d’une litanie de propos de haine« . À l’audience, il fait également lecture de certains messages : « Je bats les couilles de la gendarmerie. Je te bute. Je t’égorge » Des propos extrêmement violents qui traduisent, selon lui, un homme se perçevant comme « au-dessus des lois« .

L’avocate de la partie civile parle, elle, d’une « relation toxique » qui dure depuis des années. D’un père absent qui n’a reconnu son enfant que deux ans après sa naissance et ne participe pas réellement à son éducation.

La défense demande de son côté la clémence. Me Florence Mendez, l’avocate du prévenu, évoque un homme isolé, « déplacé » dans son comportement mais qui, selon elle, ne passerait pas à l’acte. Elle conteste également l’existence de manœuvres réelles derrière les menaces. Démontrant par exemple, que des coups ont plusieurs fois été échangés des deux côtés.

« Si monsieur ne part pas en prison, c’est moi que vous condamnez »

Puis vient la dernière prise de parole de Laurie. « Si monsieur ne part pas en prison, c’est moi que vous condamnez. » Plusieurs mois après, elle ajoute : “Ça signifiait que moi je continuerais à vivre enfermée dans la peur, cloîtrée à cause du harcèlement et de la peur constante.”

Après délibéré, le tribunal condamne finalement le prévenu à deux ans d’emprisonnement ferme.

Dans la salle d’audience, Laurie s’effondre en larmes. Dans son sac, la photo de son père et la petite statuette de viking sont toujours là. « Je continue pour moi, pour mes enfants, mais aussi pour toutes les femmes qui vivent cela au quotidien« , avait-elle expliqué un peu plus tôt. Comme une manière de ne rien céder, malgré les années de peur.

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